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Quand les oppositions à la mairie s’entretuent

mardi 29 mars 2016

Une contribution de Alan Confesson

On les entend discourir à longueur de temps, en conseil municipal, en commission et surtout auprès des médias, sur Grenoble, sur les grenoblois, sur leur soucis d’être à l’écoute des attentes et des inquiétudes de la population… Les élus PS et LR au conseil municipal de Grenoble ne manquent jamais de verser de grosses larmes de crocodiles sur les problèmes actuels sans jamais assumer leurs responsabilités pour leurs actes passés, pourtant si lourds de conséquences aujourd’hui.

Mais ces belles personnes semblent aujourd’hui bien plus préoccupées par leurs joutes internes que par le sort du peuple. Une lecture quotidienne du Dauphiné Libéré permet de s’en rendre compte chaque jour.

Côté Parti « socialiste » (comme dirait un vieil ami de l’ADES, il n’y plus le « JPEG - 43.6 kosocial », il ne reste que les « listes »), à Grenoble, on peine encore et toujours à assurer la relève. Jérôme Safar a ainsi eu la désagréable surprise d’apprendre comme n’importe quel habitant que Michel Destot, ancien maire qui a visiblement du mal à se contenter de son mandat de député, au travers duquel il approuve toutes les réformes les plus antisociales du gouvernement Valls, a encore des vues sur Grenoble. M. Destot a fait parvenir une lettre « aux grenoblois » sans en avertir personne. Il y dresse une vision totalement apocalyptique de la ville de Grenoble, livrée à l’horrible « alliance de l’écologie radicale et de l’ultragauche dogmatique de M. Mélenchon qui prône la décroissance et l’écologie punitive » (cf la profession de foi de Jérôme Safar aux dernières municipales). Sauf qu’il n’a pas pris la peine d’en avertir qui que ce soit au Parti socialiste.

En tous cas pas Jérôme Safar. Lequel a fait amende honorable dans une interview donnée au DL, en disant quand-même qu’il aurait bien aimé qu’on le mette un peu au jus. En même temps on voit difficilement comment il pourrait se positionner autrement, tant son mentor laisse planer le doute sur une éventuelle nouvelle candidature aux municipales, ce qui apparaîtrait comme un franc désaveu du leadership de Safar sur le PS municipal. Non content d’avoir maille à partir avec Destot, Jérôme Safar s’en prend à… Christophe Ferrari, le président de la métropole. Celui-ci, après avoir voté pour la motion des frondeurs et avoir publiquement affirmé son opposition aux réformes les plus droitières du gouvernement (dernier exploit en date, la loi « Travail »), n’est plus vraiment en odeur de sainteté côté PS grenoblois. Il serait trop conciliant avec les rouges-verts qui contrôlent la mairie…

Dont acte, Safar n’hésite pas à affirmer qu’il serait prêt à « quitter cet attelage métropolitain ». Rien que ça ! Chez certains « socialistes », visiblement, l’enthousiasme pour la « métropolisation » est à géométrie variable. Tant que c’est eux qui sont aux manettes, tout va bien. Mais sans cela, il ne s’agit plus que d’un vulgaire « attelage » à considérer avec tout le dédain possible et imaginable. On n’ose imaginer à quels règlements de comptes tout ce monde-là se livre en coulisses. En attendant, la majorité municipale agit.

De l’autre côté de l’échiquier politique (le PS n’en est plus si éloigné, surtout à JPEG - 73.6 koGrenoble, mais bon), « Les Républicains » n’en finissent plus de se déchirer. Alain Carignon est encore en piste. Non content de ne pas avoir été réélu à la mairie de Grenoble, dont il a été chassé il y a 20 ans pour diverses affaires de corruption, Carignon s’est lancé dans l’opposition extra-institutionnelle. Cela passe notamment par l’alimentation du site particulièrement outrancier « Grenoble le changement », qui bombarde Facebook d’articles tous plus passionnants les uns que les autres, entre photos de tags, de poubelles renversées et de crottes de chien sur les trottoirs (c’est la faut du maire, bien entendu), sans parler des tribunes grotesques insultant et diffamant copieusement les élus de la majorité municipale.

Mais visiblement Carignon n’a pas l’intention de se contenter de ces errements dignes des plus ineptes discussions de piliers de comptoirs. Il a ni plus ni moins décidé de putscher le parti « LR » local. Exit Chamussy, Cazenave et les autres élus de la droite au conseil municipal. Carignon a décidé de faire fi de leur travail en fondant une association non-statutaire destinée à « faire entendre la voix » du parti LR dans le débat local. Les réactions n’ont pas manqué, notamment celles de l’élu Vincent Barbier, qui fustige sur Twitter ce déplorable manque d’esprit d’unité. Bon, passé tout cela, personne n’est dupe : la droite prépare sa primaire présidentielle, et tout le monde n’a pas misé sur le même cheval. Carignon est un proche ami de Sarkozy, tandis que Chamussy soutien Bruno Le Maire et que Cazenave mène activement campagne pour Alain Juppé. On imagine aisément que tout ce petit monde lorgne sur les législatives qui suivront la présidentielle. Et d’aucun sait qu’à droite, les investitures aux élections dépendent très souvent du fait du prince… Bref, encore et toujours des carrières et des ambitions personnelles qui passent avant le souci de se préoccuper des intérêts du peuple. Au passage, on remarquera que certains ont décidément bien du mal à tirer leur révérence : Carignon a été élu maire de Grenoble en 1983, et récemment la diffusion sur le net d’une vidéo d’un conseil municipal datant de 1975 mettait en scène, notamment… Richard Cazenave. A Grenoble, LR incarne plus que jamais cette incapacité mortifère à faire monter de nouvelles générations en politique, laissant encore et toujours sur le devant de la scène ceux que l’on voit déjà quotidiennement depuis de trop nombreuses décennies.

Les Grenoblois seront juges : qui, en fin de compte, se préoccupe vraiment de leur sort au milieu de toute cette tambouille ? A Grenoble, la situation est compliquée. La mauvaise gestion de nos prédécesseurs nous étouffe (et quand on lit Destot réclamer la construction de nouvelles infrastructures publiques, on s’étrangle), et le gouvernement tente chaque année de nous achever en nous retirant plusieurs millions de dotations financières. Mais nous faisons malgré tout l’effort de faire avancer des projets. La démocratie locale progresse, les services publics locaux prennent une dimension nouvelle avec le passage en métropole et les nouveaux élus font la démonstration de leur probité : presque zéro cumul, et des indemnités qui restent en baisse de 25%, tandis que les impôts locaux n’augmentent pas. A l’heure du jugement, chacun sera libre de dire si tout cela vaut la peine d’être poursuivi, ou s’il faut retourner au système précédent.


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